Productions

Lecture - concert

Création TMS

Varda, hors compétition

Fabrice Melquiot – Sandrine Bonnaire – Chloé Loneiriant – André Cervera

“De toute façon, un film, c’est le souvenir qu’on en a.”
Agnès Varda

Note d’intention

J’ai découvert Agnès Varda avec Sans toit ni loi et Cléo de 5 à 7, quand j’étais lycéen, parachuté par un hasard qui s’avéra heureux dans une option cinéma aux enseignants émérites. Épris dès l’enfance de Bruce Lee ou Sylvester Stallone, je ne disposais pas des outils – critiques et sensibles - nécessaires pour embrasser l’œuvre de Varda et en mesurer l’exceptionnelle amplitude. J’avais accueilli ces films comme des énigmes à la beauté floue ; le charme saisi dans les images me semblait aussi satisfaisant que les matières fuyantes qui les habitaient.

Mais les visages de Corinne Marchand et Sandrine Bonnaire me reviendraient souvent, tout comme certaines répliques que mon oreille jugeait saillantes seraient déposées là pour longtemps :
« Mais qu’est-ce que c’est qu’une chanson ? Combien de temps dure-t-elle ? »
« Moi, on m’a emmerdée pendant pas mal de temps ; maintenant, c’est fini. »
Les larmes de Marchand, le rire de Bonnaire.

Par la suite, j’ai vu d’autres de ses films (presque tous), j’ai écumé ses photographies, certains de ses livres, j’ai écouté nombre de fois ses entretiens radiophoniques avec Jean Vilar et depuis peu, j’habite à Sète.

Je n’ai vu Varda qu’une seule fois : c’était sur l’autoroute, à proximité de Cannes, elle se rendait sans doute au festival et je roulais vers l’Italie ; j’ai tourné la tête, au moment de doubler sa voiture et je l’ai aperçue, assise à l’arrière, pensive, derrière la vitre. C’était elle. Nos regards se sont croisés, à moins que ma mémoire n’accommode le réel pour mon petit plaisir. C’est drôle, c’est Varda : ma pensée a dû choisir ces mots-là, banals, pour marquer l’instant.
J’ai aimé qu’au seul instant de croiser sa route, ce fut réellement sur la route, alors même qu’elle était en mouvement.
Elle ne pouvait être qu’en mouvement et en chemin, d’un point vers un autre.

J’aimerais écrire un texte qui soit une suite de mouvements évocateurs de la cinécriture de Varda. En musique classique, un mouvement correspond à chaque section qui compose une œuvre musicale. Tout en me rendant spécialement sensible à la musicalité des sections de texte, j’aimerais leur accorder la légèreté d’une promenade, la vivacité d’une marche, parfois la résistance d’une course de fond ou la fluidité d’une nage indienne ; fragments hétéroclites (cut-up d’interviews ou d’extraits de films, poèmes, commentaires, microfictions, etc), cousus ensemble dans une rhapsodie joueuse, faite pour être dite, scandée par une voix féminine, en dialogue avec les flûtes de Chloé Loneiriant.

J’espère que cette composition sera à l’image de Varda ; intimiste, délicate, impertinente, humble, démesurée, universelle, libre.

Varda, hors compétition : un pied de nez à la mort, un jeu de massacre avec la mémoire, une déclaration d’amour à une inconnue.

De toute façon, une vie, c’est le souvenir qu’on en a.

— Fabrice Melquiot

Crédits

Texte : Fabrice Melquiot
Avec : Sandrine Bonnaire
Flûtes : Chloé Loneiriant
Peintures en direct : André Cervera

Durée : 1h


Production déléguée : Théâtre Molière → Sète, scène nationale archipel de Thau et Cosmogama

Tournée